Réussir ses échecs

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Un échec est comme une claque. Si celui qui la reçoit pense d’abord à la douleur qu’elle procure, son utilité dépendra de tout ce qui la compose : l’origine et l’intention du geste, sa force, sa résonance, et surtout la réaction qui la suit. En d’autres termes, ce qui compte n’est pas la claque en elle-même mais la manière de la vivre qui en fera une expérience perdante ou gagnante pour soi.

Vivre un échec peut s’apparenter au deuil, en l’occurrence le deuil de la réussite que l’on imaginait. Si l’on accepte que dans le cas de vrais décès, chacun ait besoin d’un temps très personnel pour surmonter la perte, le milieu professionnel se montre généralement moins patient et exige souvent que les échecs soient dépassés en un temps record (dans le pire des scenarios en désignant un coupable qui prendra pour tout le monde dans le cas d’échecs collectifs) afin de se faire oublier par de rapides réussites (il ne faudrait pas passer pour un incompétent).

Or si l’on veut qu’un échec soit le plus utile possible, il est impératif de prendre son temps.

Se faire accompagner par un coach professionnel est déjà un premier pas vers la transformation de l’échec, dans la mesure où ceux qui entament cette démarche ont souvent l’envie d’en sortir… mais poussés par le moteur de l’après, ils ont souvent très peu de motivation à regarder leur échec en face tout en étant désorientés sur la suite à donner à leur carrière.

Pourtant il existe des étapes essentielles pour traverser l’échec.

Accueillir ses propres émotions, au présent

Il est fondamental, avant toute analyse, d’accepter ce que l’on ressent et de purger ses émotions pour qu’elles ne viennent pas polluer la suite – et de les purger régulièrement car elles évoluent. Il suffit d’avoir déjà vécu une scène de ménage où la moitié des choses seulement a été dite, pour comprendre à quel point l’exhaustivité du ressenti est un élément important dans la manière d’aborder l’après.

Les vivre avec sincérité, c’est également accepter qu’au fond de nous, une petite voix s’exprime pour faire part de son soulagement – car dans certains cas les échecs nous arrangent, même si ça ne se dit pas. Il est alors utile de regarder en face l’origine de cette satisfaction et ce qu’elle révèle de nos attentes. L’échec est parfois le grain de sable que l’on attendait pour bousculer une vie qui ronronne.

Accueillir ses émotions, c’est également être capable d’identifier les ressorts de nos réactions, en d’autres termes être capable d’expliquer pourquoi l’échec résonne si fort et ce qu’il vient bousculer en nous, notamment vis-à-vis des messages contraignants qui nous bercent depuis l’enfance (sois fort, sois parfait, dépêche toi, fais plaisir, fais des efforts), et de nos valeurs profondes.

Par exemple : est-ce que je vis mal l’échec parce que je ne dois surtout pas montrer qu’il me touche? parce qu’il me donne l’impression d’être un mauvais élève ? parce qu’il va faire stagner ma carrière ? parce que je pensais rendre fiers mes enfants ? parce que j’ai tellement travaillé pour y arriver que mes efforts ne sont pas reconnus ?

Accepter de traverser les étapes du deuil de la réussite.

Quelles que soient la nature de l’échec et l’importance qu’il peut avoir, il est utile de reconnaître le chemin pris par nos émotions. « C’est impossible que l’on se soit planté » (déni) → « c’est injuste » / « j’ai envie de lui dire ses quatre vérités » (colère) → « est-on sûr que la décision est définitive ? » / « vais-je les faire changer d’avis si je démissionne ? » (marchandage) → « je suis nul » / « ma carrière est foutue » (dépression). Jusqu’à l’acceptation : « j’ai échoué, quelle est la suite ? ». Prendre des décisions rationnelles et engageantes lorsque l’on est envahi par l’affect est probablement le meilleur moyen de ne pas aller dans la bonne direction.

Comprendre en conscience les raisons de l’échec.

Accepter ses émotions, les vivre sans culpabilité ni honte, permet de se pencher avec lucidité sur l’échec et ses raisons. L’objectif de cette étape est de pouvoir déterminer sa part de responsabilité dans l’échec et par là même de fixer le périmètre de ce qui est sous contrôle et hors contrôle. Autrement dit, dans toutes les raisons qui expliquent mon échec, quelles sont celles sur lesquelles mon influence était réelle?

Cette étape, si elle est bien conduite, permet d’éviter l’écueil de l’auto-flagellation – en écartant de sa culpabilité ce qui n’aurait pu être évité de toute manière – tout en autorisant une autocritique constructive. Elle offre déjà des pistes sur ce qui aurait pu être fait autrement, dans la limite de ce qu’il était possible de faire.

Par exemple : rien ne sert de se lamenter sur le prix d’un concurrent qui a bradé son offre, peut-être en revanche que notre façon de présenter la nôtre n’a pas suffisamment porté la valeur ajoutée que nous défendions.

Ouvrir le champ des possibles

Mettre le doigt sur ce que l’échec a réveillé en nous et opérer un tri sélectif mais objectif sur ses raisons permet d’envisager avec plus de sérénité la suite. La remise en perspective de nos propres valeurs par rapport à cet échec, le sens que l’on souhaite lui donner et ce qu’il a révélé en nous sont autant de moteurs pour transformer l’échec. Il peut être profondément salvateur, permettant à chacun de nous de sortir de notre zone de confort et d’envisager un univers des possibles plus large que celui dans lequel nous nous restreignons.

Le travail consiste alors à fixer soi-même l'étendue des opportunités et à se donner les moyens de passer à l'action. Sans aller jusqu'à remercier celui par qui l'échec est arrivé - soi même ou un autre - il est possible d'en faire le point de départ de belles réussites.